La Couronne. Molles (Allier, Auvergne)

Le site de La Couronne à Molles (Allier, Auvergne) : une forteresse de l’Antiquité tardive et de la période mérovingienne (fin IVe-VIIe siècle)

Damien Martinez

vue aérienne de l’église et des bâtiments connexes (Cliché : D. Martinez, 2012)

vue aérienne de l’église et des bâtiments connexes (Cliché : D. Martinez, 2012)

Le plateau de La Couronne fait l’objet de fouilles programmées depuis l’été 2010. Le site occupe un éperon rocheux situé dans les contreforts de la Montagne Bourbonnaise, à la confluence de deux petits cours d’eau qui empruntent des vallées relativement encaissées. Les trois premières campagnes de fouille ont concerné l’extrémité ouest de l’éperon, permettant ainsi la redécouverte d’une partie des vestiges connus depuis le XIXe siècle et bien au-delà de proposer une nouvelle lecture du site. L’établissement de hauteur constitue une création ex-nihilo du dernier tiers du IVe siècle de notre ère. Les premiers aménagements monumentaux se traduisent par la présence d’une puissante enceinte maçonnée construite en bordure de falaise, hormis à l’est où elle vient barrer la racine de l’éperon. Un grand bâtiment rectangulaire prend place dans l’extrémité sud-ouest de l’établissement fortifié. Il est flanqué au sud par un système de caissons maçonnés qui correspondent pour certains à des citernes. La forteresse est accessible depuis l’ouest, comme l’atteste la découverte d’une entrée prolongée à l’intérieur du complexe par un chemin. Dans la première moitié du Ve siècle, le grand bâtiment est réaffecté en église. Une vaste abside semi-circulaire lui est greffée à l’est. Un autel à quatre pieds prend place au milieu du chœur liturgique, légèrement en retrait de l’axe nord-sud assurant la circulation entre les portes latérales qui donnent directement vers l’extérieur du bâtiment. Cette disposition est relativement atypique et ne connaît que très peu d’échos dans la Gaule paléochrétienne. Elle traduit probablement une circulation liturgique liée à la vénération des reliques entreposées sous l’autel, peut-être dans le cadre d’un pèlerinage. La forteresse prospère durant la période mérovingienne. Au VIe siècle, le lieu de culte est sensiblement agrandi. Le chœur se voit adjoindre deux annexes latérales et la nef est longée au nord par une galerie. L’ancrage d’une éventuelle cuve baptismale en bois ou en pierre a qui plus est été reconnu dans une petite pièce communiquant à l’ouest avec l’annexe méridionale du chœur. Au-delà de l’agrandissement de l’église, l’essor de la forteresse se traduit par la construction de nouveaux bâtiments. Ainsi, un édifice quadrangulaire, dont la fonction est à l’heure actuelle indéterminée (tour de surveillance ? logis ?), est bâti dans l’angle sud-ouest du mur d’enceinte. L’établissement semble progressivement abandonné à partir du VIIe siècle. Seule l’église est encore utilisée comme l’atteste la présence de sépultures d’époque carolingienne et de réfections du chœur datées des alentours de l’an mil. Elle est délaissée dans le courant du Moyen Âge classique.

Campagne de 2013

La campagne réalisée en 2013 s’est concentrée sur l’extrémité orientale du site, précisément où le mur d’enceinte vient barrer la racine de l’éperon. Le sondage entrepris a permis d’observer un segment de la muraille de l’Antiquité tardive mesurant 3,30 m de largeur (contre 0,90 à 1,20 m pour les façades situées en bordure de falaise). Différents aménagements ont par ailleurs été repérés intra muros. Une niche, percée dans le parement ouest du mur, vient notamment accueillir une structure de chauffe dont la fonction demeure à l’heure actuelle inconnue. Cette campagne exploratoire a permis de préciser le caractère défensif de l’établissement fortifié qui apparaît aujourd’hui devoir être envisagé comme une forteresse aristocratique. Elle a posé les bases d’un nouveau programme de recherche pluriannuel qui devrait permettre de préciser les modalités d’implantation et de développement de ce site qui apporte d’ores et déjà des informations de premier ordre sur le phénomène de perchement de l’habitat à la fin de l’Antiquité en Auvergne.

 

Fig. 5 Fig. 4 Fig. 3 Fig. 2

 

 

Campagne de 2015