Ancien monastère Saint-Lomer (Moissat, Puy-de-Dôme)

Laurent Fiocchi

Deux bourgs composent le village de Moissat, Moissat-Haut et Moissat-Bas. Cette petite localité double, à l’est de Clermont-Ferrand, conserve les vestiges du monastère Saint‑Lomer. L’organisation du bourg que nous pouvons lire sur le cadastre actuel de Moissat-Bas est héritée de l’organisation monastique médiévale. Le site occupe un replat qu’il convient d’attribuer à un aménagement anthropique et, plus particulièrement, à l’occupation aristocratique carolingienne précédant l’installation des moines au Xe siècle.

La découverte de la crypte de l’église abbatiale Saint-Lomer a donné lieu à une première intervention archéologique en 2013. Un scanner 3D du bâti préservé, correspondant à l’actuelle maison d’habitation, ainsi que des parcelles environnantes a été réalisé afin de mettre en relation l’ensemble des données collectées avec celles de la fouille de la crypte. Dans l’objectif de compléter ces premières observations, une prospection géophysique sur l’emprise du site monastique a été réalisée en 2016 par les étudiants du master géologie de l’Aménagement, sous la direction de Franck Donnadieu et Philippe Labazuy, du laboratoire Magmas et Volcans de l’Université Clermont Auvergne.

Les vestiges se situant à une profondeur de moins de 3 m, deux antennes à 400 et 200 MHz ont été utilisées afin d’optimiser la qualité des données. La résolution verticale (capacité à distinguer deux échos radars) est d’une douzaine de centimètres à 400 MHz pour une profondeur d’investigation d’environ 3 m, tandis que la pénétration du signal s’avère meilleure à 200 MHz, mais avec une résolution verticale deux fois moindre.

Des profils parallèles, intercalés de 0,50 m, puis orthogonaux lorsque cela s’est avéré possible, ont été réalisés de façon à interpoler les données en 3 dimensions sur une surface de 1240 m2. Les mesures radars ont été calées en coordonnées absolues grâce à des points de grille relevés au GPS différentiel conférant une précision centimétrique. Les plans issus du radar ont pu être associés au relevé du scanner 3D et ainsi se superposer précisément aux données issues de la fouille dont les vestiges étaient entièrement recouverts lors de la prospection géophysique.

.jpg Moissat Saint Lomer Radar 2016

Le substrat local est au contact de deux entités géologiques renfermant d’une part des calcaires argileux et, d’autre part, des sables argileux quartzo-feldspathiques alternant avec des argiles vertes. Les premières perturbations des images géo-radar apparaissent à 2m de profondeur. Ces perturbations correspondent au substrat local d’argile verte reconnue en fouille à une profondeur moyenne de 2,03 m sous le niveau de sol actuel.

Dans cet espace de 2 m, les images en plan à différentes profondeurs recalées sur le relevé archéologique mettent en évidence la présence de vestiges aujourd’hui enfouis, correspondant à l’église romane, mais également l’église du Xe siècle bâtie par les premiers moines. Le mur gouttereau sud de l’église romane apparaît très nettement à 1m sous le sol actuel et sur une profondeur assurée d’au moins 1m. Il se développe dans la continuité du mur sud de l’actuelle maison d’habitation. Si le plan de la nef pouvait aisément se restituer d’après l’ensemble des vestiges conservés, le chœur posait quant à lui plus de questions. Le vocabulaire architectural de la nef et la première lecture d’un texte rédigé par un frère Jésuite en 1734, Michel Sadourny, suggéraient un chevet à chapelles rayonnantes comparable au chevet de Notre‑Dame-du-Port à Clermont-Ferrand, de Saint‑Austremoine d’Issoire, de Saint‑Nectaire, de Notre‑Dame d’Orcival. Les images livrées par le géo-radar apportent une tout autre lecture de ce chevet avec une simple abside à déambulatoire paraissant dépourvue de chapelles rayonnantes. L’église romane restituée se développe sur une longueur de 47 m hors œuvre pour une largeur de la nef de 18 m. Au sein de la nef romane délimitée par les mesures du géo-radar, deux structures sud‑nord et ouest‑est apparaissent à 1,50 m sous le sol actuel. Le niveau d’apparition étant comparable au niveau de l’abside du Xe siècle ces anomalies signalent probablement la présence du mur gouttereau sud et de la façade occidentale de l’église du Xe siècle. Le plan qu’il est possible de restituer est celui d’un édifice d’une longueur de 28 m pour une largeur de 12,90 m hors œuvre.

Ces nouvelles données permettent de comprendre l’ordre de construction de l’église romane, avec un début des travaux s’attachant à l’édification du nouveau chœur liturgique et de la crypte dans le dernier quart du XIe siècle. Les anomalies du plan témoignent de l’édification de la nef d’ouest en est dans un deuxième temps, au cours du premier quart du XIIe siècle.

La fouille qui a précédé la prospection géophysique a permis un calibrage du géo-radar et un choix des antennes employées adapté au terrain. L’interprétation des images en plan a pu être confrontée aux données de la fouille, nous autorisant à pousser plus loin leurs interprétations avec une analyse plus assurée des vestiges, la possibilité d’estimer le niveau de circulation du chœur roman, mais également à suivre le niveau du substrat local d’argile verte qui confirme bien un horizon relativement plat de cette zone laissant penser à un aménagement anthropique antérieur à la venue des moines.